Naomi Nsungu, cheffe congolaise à Cotonou
De Bruxelles à Kinshasa, un chemin de feu et de foi
Il y a des voix calmes qui cachent une intensité de vie.
Naomi Nsungu en fait partie. Cheffe congolaise à Cotonou, elle incarne une génération de cheffes afro-descendantes pour qui la cuisine est à la fois un combat, un terrain d’expression et une promesse de transmission.
Son parcours n’a rien d’un long fleuve tranquille. Mais chaque étape – des cuisines rigides de Bruxelles aux rues vibrantes de Cotonou – a forgé une cheffe singulière. Une femme tenace, intuitive, et profondément connectée à ses racines.
Apprendre dans la douleur
Naomi n’est pas tombée dans la marmite enfant. Elle entre dans le monde de la cuisine à 25 ans, un âge jugé « trop tardif » dans un milieu encore rigide. Elle fait ses armes chez Ladurée, puis chez Maxime Collin, un restaurant gastronomique bruxellois réputé… Mais l’apprentissage est difficile.
« C’était l’armée. 15 heures par jour. Aucun droit à l’erreur. »
C’est dur, mais elle tient. Sa passion et le soutien de sa mère l’ancrent. À rebours des clichés, c’est la douceur de son entourage qui lui permet d’affronter l’exigence brutale des cuisines.
Rebel, le virage
Après ces années de feu, elle rejoint Rebel, un bar à vin bruxellois. Au début, elle est seule aux manettes : plonge, cuisine, service. Pendant plusieurs mois, tout repose sur elle, jusqu’à ce qu’une équipe se constitue peu à peu autour d’elle. Rebel devient alors son atelier, son laboratoire, son refuge.
Elle y développe une cuisine instinctive : des produits de saison, une recherche de gourmandise, et une ouverture aux influences asiatiques, italiennes, françaises.
Mais une frustration persiste.
Où est le Congo dans mon assiette ?

Kinshasa, le retour aux sources
Pour la première fois de sa vie, Naomie part donc au Congo. Deux mois à Kinshasa, dans la famille de son père.
Elle y découvre de nombreux plats jamais explorés. « J’ai mangé, mangé, mangé… » sourit-elle.
La cuisine congolaise ne se résume pas au pondu ou au fumbwa. Elle est diverse, riche, pleine de nuances. C’est une cuisine qui mérite sa place sur les grandes tables, sans devoir se justifier.
Là-bas, elle découvre même la première fois le célèbre poulet mayo, qu’elle n’avait jamais goûté auparavant.
Fusion ou dialogue ?
Le mot “fusion” divise dans la sphère des chefs. Mais Naomi l’assume.
« Je suis métisse. Je mélange. C’est ma nature. Et je trouve ça beau. »
Pour elle, la cuisine afro peut vivre à travers les dialogues, les mariages d’ingrédients, les récits croisés. Comme la carbonara revisitée mille fois, (on ne met pas de champignons ou de crème fraîche dans la carbo ! ndlr), qu’on peut quand même déguster dans son authenticité en Italie. Il y a de la place pour la tradition et la créativité.
Naomi est présente dans le documentaire Roots and Plates. Produit par Roger Dushime, il est premier du genre à faire un état des lieux des cuisines afro-belges
Appel inattendu : direction Cotonou
Sous l’impulsion de Sandrine Vasselin, la fondatrice de Misao Spices, elle envoie son CV, sans trop y croire, à Georgiana Viou, l’unique cheffe étoilée africaine en France. Elle cherche une sous-cheffe pour l’ouverture de L’Ami, le restaurant du Sofitel Cotonou.
Un matin, elle se réveille avec un message sur WhatsApp. C’est Georgiana Viou. Elle la veut dans son équipe. Naomi n’en revient pas. Et pourtant, une semaine plus tard, elle fait ses valises.
Elle n’a jamais travaillé en hôtellerie. Jamais mis les pieds au Bénin. Et pourtant, elle y trouve un ancrage immédiat.
Travailler aux côtés de Georgiana Viou
Georgiana signe la carte, choisit la vaisselle, structure l’expérience. Naomi, elle, exécute, propose, adapte. Ensemble, elles co-pilotent une cuisine raffinée et sensible.
« C’est une chance inouïe. Je me perfectionne. Je découvre un autre rythme, une autre manière de travailler, une autre Afrique. »

Vivre à Cotonou
« C’est une ville douce. »
Naomie découvre une vie sans tension. Une coexistence spirituelle rare : mosquées, temples vaudous, églises, côte à côte. Une tolérance qui l’émeut profondément.
Elle rêve aujourd’hui de former des jeunes, de transmettre ce qu’elle a appris. Parce qu’elle sait ce que c’est de ne pas être attendue, de devoir arracher sa place.
Cette famille congolaise sublime les cérémonies afros en île de France